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L’hôte de marque de The Bridge Magazine est une personnalité prestigieuse des Nations Unies. Dr Richard Dackam Ngatchou, l’un des diplomates de renommée mondiale, expert en démographie, qui réside au Canada, nous accorde une interview. Il partage son point de vue sur la récente nuptialité royale britannique tout en prodiguant des conseils pour briser les barrières culturelles et unir toutes les nations du monde entier.

27 June 2018 1,395 views 2 Comments
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Conférence de presse. Retour sur image en 2009 : le Dr Dackam en qualité de Représentant du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) en République Démocratique du Congo (RDC) The Bridge MAG. Image.

Conférence de presse. Retour sur image en 2009 : le Dr Dackam en qualité de Représentant du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) en République Démocratique du Congo (RDC)
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Alors que le monde venait d’assister  à un autre mariage royal britannique, The Bridge Magazine interviewe   un expert de la haute hiérarchie  des Nations Unies en démographie et en études de population.

Les experts en démographie ont une ouverture sur le monde.  Spécialistes en statistiques sociales,  ils ont un accès privilégié aux micro-données confidentielles et aux  ateliers de formation en statistiques sociales.  Très  aguerris  des problèmes majeurs de notre société -santé, éducation, famille, migrations, pauvreté, environnement …,- ils analysent,  conçoivent et conduisent des programmes de développement.

“Un faiseur de paix, intelligent, patriarche, doué, sociable et altruiste”. Telle est l’impression que laissait  le Dr Dackam aux  membres du gouvernement  congolais et hauts commissaires des Nations Unies, après  son passage en République démocratique du Congo.

Le Dr Dackam  Ngatchou recevait  un prix  pour avoir mené  avec brio un projet en zone de guerre.  L’équipe qu’il dirigeait  et lui ont amélioré de façon spectaculaire l’état de la violence sexuelle et la mortalité des femmes lors de l’accouchement en République démocratique du Congo (RDC).

M. Dackam Ngatchou, d’origine  camerounaise, rejoint sa famille au Canada après sa retraite. Ci-dessous l’interview  avec  The Bridge Magazine dans son intégralité.

A titre de rappel,  L’UNFPA (Fonds des Nations Unis pour la Population)  est l’agence directrice de l’ONU pour la réalisation d’un monde où chaque grossesse est désirée, chaque accouchement est sans danger, et le potentiel de chaque jeune est accompli.

L’effort perpétuel  du FUNFPA implique l’amélioration de la santé reproductive.

Serein et imperturbable, M. Dackam semble   accueillant : sa voix modulée évoque un sentiment d’épanouissement total.

Ci-dessous l’interview  dans toute son intégralité.  

The Bridge Magazine: Tout d’abord, nous  vous remercions pour votre disponibilité.

1)Le récent mariage royal britannique  est toujours d’actualité  pour l’ignorer. Nous commencerons par votre opinion sur la monarchie britannique, sa popularité apparente en Europe et dans le reste du monde.

 « Il n'y a qu'une seule race : la race humaine. Le mariage du prince Harry et de Megan Merkel est tout aussi normal qu’il est naturel que plusieurs chefs d'Etat africains aient des européennes/caucasiennes pour épouses… » Dr Dackam Bien vouloir cliquer sur le lien ci- dessous pour avoir l’essentiel sur la première biographie de la Princesse de Galles et Duchesse de Sussex. https://amzn.to/2tEEPbz The Bridge MAG. Image


« Il n’y a qu’une seule race : la race humaine. Le mariage du prince Harry et de Meghan Markel est tout aussi normal qu’il est naturel que plusieurs chefs d’Etat africains aient des européennes/caucasiennes pour épouses… » Dr Dackam
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a) Alors que Meghan Markel et le prince Harry se mariaient le 19 mai dernier. Les avis restaient mitigés : diplomatie, ambitions impérialistes sur l’Afrique pour  panafricanistes, superficialité et calculs  pour  antimonarchistes et des républicains.

Le mariage du prince Harry et de Meghan Markel n’est ni diplomatie (ce n’est pas le résultat d’un arrangement entre deux pays), ni ambitions impérialistes sur l’Afrique pour   panafricanistes (l’Afrique en tant qu’entité géopolitique n’est pas concernée, même si Meghan est afro-américaine. )

Ce mariage ne saurait être qualifié de superficiel par qui que ce soit puisqu’il est l’aboutissement d’un accord entre deux adultes de la génération milléniale.

Ce mariage princier fait partie d’un changement social qui brise les barrières sociales. Dans la même civilisation mondiale, les barrières entre races deviennent un instrument de l’ignorant qui ne sait pas qu’il n’y a qu’une seule race : la race humaine. Cet ainsi qu’il est aussi  normal d’observer que plusieurs chefs d’Etat africains aient des européennes/ caucasiennes  pour épouses. Cette tendance à l’unification culturelle ou civilisationnelle caractérise ce début du XXIème siècle.

 

b) D’autre part, ceux qui ont une approche plus rationnelle ou factuelle estiment que la monarchie britannique a l’art de s’adapter à l’air du temps pour survivre. D’abord l’intégration de Kate Middleton, une roturière, et ensuite celle de Megan Merkel, une femme partiellement  d’origine africaine. Qu’en pensez-vous ?

La chute de l’aristocratie européenne a commencé avec la Révolution française de 1789 et celle de 1830 l’a accélérée. La monarchie britannique a  su s’adapter mieux que d’autres monarchies.  Avec la disparition de L’Empire britannique des Indes (1858-1947), la monarchie britannique a rebondi quand toutes les anciennes colonies britanniques devenues indépendantes ont accepté depuis 1947 de faire partie des royaumes du Commonwealth tout en conservant le monarque du Royaume-Uni comme chef de l’État.

Les unions entre les membres des familles royales et les roturiers sont de plus en plus fréquentes depuis le vingtième siècle.

C’est dans un tel contexte également que se situe le mariage du prince Maximilien de Liechtenstein, marié le 29 janvier 2000 à Angela Brown, une femme panaméenne afro-américaine. Certains considèrent que la mondialisation nous fait assister à l’émergence de ce que Vidiadhar Surajprasad Naipaul a appelé une « civilisation universelle ». L’idée de la civilisation universelle  était  déjà  présente chez Senghor dans (Chants d’Ombre)  lorsqu’il demandait  aux Africains de s’ouvrir  à la renaissance du Monde.

Léopold Sédar Senghor ( 1906-2001)  était  le premier président de la République du Sénégal (1960-1980)

2) Vous êtes intrépide, il faut l’avouer. Comment était-ce d’être en fonction  dans un pays déchiré par la guerre civile comme le Congo?

Le Dr Dackam Ngatchou recevait un prix pour avoir mené avec brio un projet en zone de guerre. L’équipe qu’il dirigeait et lui ont amélioré de façon spectaculaire l'état de la violence sexuelle et la mortalité des femmes lors de l'accouchement en République démocratique du Congo. A lire absolument : ce véritable best-seller de l'histoire contemporaine. Ce livre retrace, analyse, conte et raconte quatre-vingt-dix mille ans d'histoire : celle du Congo, https://amzn.to/2tGmn2f The Bridge MAG. Image

Le Dr Dackam Ngatchou recevait un prix pour avoir mené avec brio un projet en zone de guerre. L’équipe qu’il dirigeait et lui ont amélioré de façon spectaculaire l’état de la violence sexuelle et la mortalité des femmes lors de l’accouchement en République démocratique du Congo.
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Tous les membres du personnel des Nations Unies dans ce pays ont reçu une formation certifiée en matière de sécurité de base et de sécurité avancée sur le terrain. Cette formation couvre la plupart des aspects de la gestion et de la pratique de la sécurité, généralement considérés comme pertinents pour les organisations humanitaires actives dans les situations d’urgence sur le terrain dans la plupart des régions du monde.

L’un des objectifs de l’ONU, tels qu’ils sont énoncés dans sa Charte, est de parvenir à «la réalisation de la coopération internationale pour résoudre les problèmes internationaux d’ordre économique, social, culturel ou humanitaire ». La RDC est en conflit interne depuis 1995. Je suis arrivé en RDC en 2009 en qualité de Représentant du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) . Ce pays était considéré comme étant en situation de postconflit.

Dans un tel contexte, évidemment, en tant que chef de l’agence des Nations Unies, j’ai été formé pour assumer efficacement mon rôle. Je suis capable de concevoir et de mener un projet humanitaire, d’un point de vue éthique et social. Je sais jusqu’où aller, dans des contextes de crises humanitaires. Non, je ne suis pas aventureux encore moins intrépide.

3) Le panafricanisme est un mouvement intellectuel mondial qui vise à encourager et à renforcer les liens de solidarité entre toutes les personnes d’ascendance africaine. Avez-vous des conseils à donner aux panafricanistes ?  Si oui  lesquels, si  non, pourquoi ?

Le panafricanisme peut être considéré comme une théorie des relations internationales ; il vise à « créer en Afrique et pour les Africains une nouvelle civilisation adaptée à l’Afrique et aux temps nouveaux, fruit d’une véritable culture».

Mon premier conseil serait que tout panafricaniste devrait s’approprier des textes des fondateurs de ce mouvement.  Tels que Marcus Garvey ( 1887-1940) Jamicain d’origine, figure tutelaire du Panafricanisme-sur les fondements des mouvements panafricains. Après les années 1960, au plan politique. De l’ancient président  du Ghana  Kwame Nkrumah (1909-1972) qui  par exemple dans « Africa must unite » recommandait  l’unité politique totale de l’Afrique, fondement de tout développement ainsi que de l’indépendance politique et économique réelle des États et des peuples africains.

Le deuxième conseil serait de fonder l’analyse du panafricanisme sur l’analyse du discours, la généalogie, la déconstruction, l’analyse culturelle, l’ethnographie ou l’observation participative.

Mon troisième conseil serait de considérer   aujourd’hui le panafricanisme comme une théorie postcoloniale, visant l’émancipation et la libération intègre des africains et des afro-descendants pour vaincre l’injustice et la domination d’un groupe d’États sur les autres.

4) Selon un sondage, il est de coutume que les chefs de gouvernement  au Royaume-Uni et dans le monde  recrutent dans leur équipe des conseillers,  des diplomates de l’ONU de  votre calibre. Est-ce un rôle que vous aimeriez ajouter à votre CV robuste?

Throwback in 2009 when Richard Dackam Ngatchou was acting as Head of the United Nations agency, (UNFPA) Democratic Republic of Congo (DRC) The Bridge MAG. Image

Retour sur image en 2009 : le Dr Dackam en qualité de Représentant du Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA) en République Démocratique du Congo (RDC)
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À mon âge, je ne cherche plus à ajouter de nouveaux rôles sur mon CV. Je réfléchis plutôt à ce que je laisserai à la postérité. Sur ce plan, la documentation en cours de mon expérience pourrait contribuer, je l’espère, à enrichir la réflexion des conseillers des dirigeants africains et ceux des pays partenaires de l’Afrique.

Les chefs d’État des pays développés ont une longue tradition d’utilisation des résultats d’études de haut niveau et de recherche pour décider. Ils s’engagent  dans des politiques basées sur des preuves tangibles d’intérêt public dans leur pays.

 Si je conseillais un chef d’État européen, ce serait pour l’intérêt de l’Afrique et non pour l’intérêt de son pays ; c’est à ce niveau que nous entrerons en conflit, parce que les relations internationales sont guidées par l’intérêt que chaque partenaire peut avoir pour son pays. Je ne peux pas imaginer conseiller un dirigeant d’un pays au détriment de mon pays.

5) La course aux armes nucléaires dans le  monde fait à nouveau la une des journaux. Dans un monde où le pouvoir semble être le facteur primordial dans les relations internationales, est-il utopique ou réaliste de promouvoir la paix ou de croire en un monde pacifique ?

Je suis profane sur les questions de sécurité internationale liées à l’énergie nucléaire. De mon point de vue, la paix dans le monde ne dépend pas du nucléaire. L’histoire de l’humanité est marquée par plus de guerres dues aux religions, l’expansion des empires et les guerres d’indépendance. Très peu de guerres dans l’histoire ont été déclenchées du seul fait de la possession d’une force de frappe. La possession d’armes atomiques ne fait pas exception à cette règle.

Utiliser des moyens nucléaires pour créer des explosions d’une manière contrôlée comporte des risques, comme l’histoire l’a montré. Lorsque l’énergie nucléaire est utilisée à mauvais escient ou mal utilisée, des conséquences négatives sont observées, par exemple, l’accumulation de déchets radioactifs de haute activité et les risques de prolifération des armes nucléaires; et elles suscitent des craintes dans la société civile. Une ville comme Hiroshima a été détruite en 1945 avec l’explosion d’un kilogramme de cet élément. L’énergie nucléaire bénéficie de différents niveaux de soutien de la part des décideurs et du public dans différents pays.

Le nucléaire utilisé à des fins pacifiques et non explosives n’est pas une mauvaise chose. Le contrôle de l’énergie nucléaire offre de grandes opportunités. Un seul gramme d’uranium fournit autant de chaleur que trois tonnes de charbon ou deux tonnes de pétrole ; il est beaucoup moins polluant que les combustibles fossiles.

L’énergie nucléaire contribue au progrès social et économique et à l’accroissement du capital humain. De nombreuses études indiquent que les systèmes électronucléaires actuellement en service dans les pays développés ont une excellente efficacité technique et économique et sont acceptables pour l’environnement.

6) Vous êtes d’origine camerounaise. Vous avez voyagé à travers le monde pendant plus de 30 ans  pour exercer votre profession  en tant qu’expert  en  démographie des Nations Unies, et vous vivez  actuellement de façon permanente au Canada.

Les experts en démographie  appréhendent mieux que quiconque les phénomènes sociaux, politico-économiques complexes,  et l’impact que  ces derniers peuvent avoir sur le développement d’un pays, d’un continent ou du monde tout court, à  une période donnée.

Est-il possible que votre capacité  à   prévoir les futurs scénarios d’instabilité politique et sociale dans les pays subsahariens en particulier et dans l’ensemble de l’Afrique ait influencé  votre  choix  pour  le pays  de votre retraite ?

Il m’est très difficile, en tant que démographe, de projeter sur le long terme le développement de la plupart de pays africains.  Les pays africains, pris individuellement, sont trop petits en termes de population pour projeter leur émergence à long terme. Par exemple, la taille de la population de tous les pays de la CEMAC est inférieure à la population de la RDC.

Si on avait un seul pays appelé “Afrique”, il aurait déjà une population de plus d’un milliard d’habitants. Un tel pays du point de vue des relations internationales, serait situé après la Chine et l’Inde et pourrait réaliser des économies d’échelle. L’émigration de jeunes d’Afrique vers d’autres continents serait inversée en faveur de la migration entre les régions de « l’Afrique ». L’Afrique entrerait dans la première fenêtre d’opportunité d’ici 2030 pour profiter de cette forte proportion de la population potentiellement active, qui sera plus importante que la population inactive (les moins de 15 ans et les plus de 65 ans). Le dividende démographique lié à cette situation serait un « bonus démographique » si la nouvelle génération de dirigeants africains devient le champion de la bonne gouvernance.

Le choix de mon lieu de résidence pendant ma retraite a été déterminé par une volonté de regroupement familiale, dans un environnement qui me permet de mieux réfléchir sur l’Afrique sans me faire absorber par un système politique et de gouvernance qui me rendrait inactif.

7) Vous avez grandi au Cameroun et cela a certainement influencé vos  habitudes alimentaires. Reconnu pour sa forêt sempervirente, le  Cameroun est béni  et regorge des fruits de mer, en général, de viande, fruits et légumes de toutes sortes. Qu’aimez-vous avoir dans votre assiette ?

La cuisine camerounaise, très variée est celle qui garnit mon assiette. Mes favoris sont :

  • N’Dolé avec des crevettes. N’Dolé est le nom camerounais des variétés de Vernonia. J’aime le N’Dolé aux crevettes avec le riz ou la semoule de maïs.
  • Gâteau Koki ou Cornille à base de haricots nains blancs et d’huile de palme. Ce plat est mieux quand il est cuisiné la veille pour le lendemain. A déguster chaud avec de la banane plantain mûre ou l’igname sucrée.

8) Si vous deviez donner  des conseils à titre bénévole au Premier Ministre du Royaume-Uni et au Président des États-Unis, quels seraient-ils ?

Ma consultation gratuite portera sur l’efficacité de l’aide au développement. Il s’agit de définir des stratégies pour rendre l’aide plus efficace dans les pays africains dans l’esprit de la Déclaration de Paris (2005) et du Programme d’action d’Accra (2008) sur l’efficacité de l’aide. Mes conseils porteront sur les principes suivants :

Les pays africains, bénéficiaires de l’aide, doivent concevoir sans influence extérieure,  leurs propres stratégies de développement (appropriation nationale de leur programme et projet de développement) ; les pays donateurs devraient soutenir des stratégies définies par les pays eux-mêmes (alignement), au lieu de se faire concurrence dans les pays soutenus ; les pays donateurs devraient rationaliser leurs financements dans le pays bénéficiaire (harmonisation); les politiques de développement devraient viser la réalisation d’objectifs clairs et être fondées sur des évidences (gestion axée sur les résultats) et le devoir de rendre compte ; enfin les donateurs et les bénéficiaires sont conjointement responsables de la réalisation de ces objectifs (responsabilité mutuelle).

9) Quelle est votre  couleur préférée et pourquoi ?

Ma couleur préférée est  la couleur bleue. Le bleu libère des vibrations fraîches et apaisantes. Il  rassure, préserve le stress,  symbolise  l’harmonie, la paix.

Le bleu  est la couleur associée au ciel et au drapeau des Nations Unies.

10) La « fuite des cerveaux » de l’Afrique vers les pays occidentaux est l’un des problèmes majeurs de notre époque moderne. Pensez-vous que ce problème ne pourrait jamais être résolu ?

Quand un seul Etat appelé «Afrique» regroupant tous les 54 États africains sinon la majorité, existera, la migration et plus particulièrement la fuite des cerveaux  de l’Afrique vers d’autres pays, diminuera de façon significative.

Je suis optimiste quant à cette perspective, surtout en ce qui concerne les Africains. Ils seront citoyens d’un seul pays, un gouvernement, une monnaie, etc. Ce pays « Afrique » sera une réalité concrétisée dans quelques dizaines d’années; car c’est la seule stratégie pour les pays actuels de continuer en tant que régions dans le nouveau pays. “Afrique” au-delà de 2050. La fuite des cerveaux africains vers d’autres pays sera racontée dans les livres d’histoire en 2060 comme un passage obligé des ancêtres que nous sommes vers la construction de la nouvelle “Afrique”.

Pour le moment, l’instabilité politique en Afrique, l’élargissement des disparités salariales et les opportunités d’emploi ont encouragé les migrations internationales. Dans la plupart des cas, les pays d’accueil bénéficient des contributions des migrants, mais les migrations internationales signifient également la perte de forces vitales pour de nombreux pays d’origine et peuvent entraîner des tensions politiques, économiques et sociales dans les pays de destination.

 Les envois de fonds des travailleurs migrants restent une source importante de devises et apportent une contribution substantielle au PIB de nombreux pays. Les émigrants sont encouragés à faire des investissements productifs dans les communautés d’origine.

11) En plus de la lecture,  le jeu des  échecs, jardiner et visiter des sites historiques, avez-vous d’autres loisirs à partager avec le  lectorat de The Bridge Magazine ?

Un passe-temps que je n’ai jamais abandonné est de documenter ce qui est positif dans chacun des pays africains visités, ce qui est authentiquement spécifique à chaque pays et non des pratiques copiées.

J’ai eu la chance de visiter presque tous les pays africains dans ma vie professionnelle.

 Il est plus facile de copier et de mettre en œuvre ce que les pays du même niveau de développement socioéconomique font de mieux pour le bien-être de leur population. Par exemple, toutes les capitales africaines peuvent faire le même effort que le Rwanda qui n’est pas plus nanti, pour avoir une capitale  propre comme Kigali.

12)  Avez-vous une influence particulière dans votre vie ?

Retour en images sur les moments forts de leur idylle. M. et Mme Dackam dans leur vingtaine : Comme qui dirait, les photos parlent d'elles-mêmes : The Bridge MAG. Image

Retour en  image sur les moments forts de leur idylle. M. et Mme Dackam dans leur vingtaine : Comme qui dirait, les photos parlent d’elles-mêmes .
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Ceux qui ont influencé ma vie sont: mon père, un instituteur, un professeur de lycée et ma femme.

Mon père m’a toujours répété la fameuse phrase de Socrate « Connais-toi toi-même » et tu deviendras toi-même. Ce conseil m’aide toujours à décider de mes forces et de mes faiblesses. Une bonne maîtrise de mes capacités m’a toujours aidé à mener à bien les activités que j’accepte d’entreprendre.

Un maître de l’école primaire  m’a fait aimer la lecture. Cela m’a donné un avantage comparatif sur mes camarades au secondaire. Un professeur du secondaire  m’a dit que j’étais bon en mathématiques ; depuis cette révélation, je suis devenu relativement fort en mathématiques jusqu’à l’université.

Ma femme Esther a toujours renforcé la confiance en moi-même dans la vie professionnelle,  en me répétant souvent « qui veut, peut ».

13) Au-delà  la propagande  et des déclarations  mensongères sur l’Afrique, grenier  du monde, mais représentée plutôt par les medias occidentaux comme la lèpre du monde, l’éditoriale de  The Bridge Magazine croit fermement que l’Afrique devrait coopérer avec l’Occident pour prospérer. Partagez-vous le même point de  vue ? Si oui, pourquoi ? Si non, pourquoi pas?

Il n’y a pas d’amitié entre les pays. Il n’y a que la relation d’intérêt entre deux pays indépendants. La coopération entre Etats indépendants est une situation d’échange dans laquelle chaque partenaire devrait tirer son épingle du jeu sur le long terme.

Lorsque l’un des pays de coopération n’est pas indépendant, nous sommes dans une relation d’exploitation dans laquelle le pays dépendant est le perdant.

Dans leur coopération avec les pays occidentaux, les pays africains devraient  suivre l’exemple des pays asiatiques. Le Japon, la Corée du sud, et les autres dragons d’Asie ont  coopéré  avec les pays occidentaux pour s’approprier de leur technologie  tout en en faisant preuve d’un réel engagement financier national selon le principe de la bonne gouvernance politique et économique.

Les résultats qu’ils ont tiré de cette coopération avec l’occident sont autant de preuves tangibles qui prouvent que  l’Afrique devrait coopérer avec l’Occident pour prospérer en évitant les mimétismes culturels.

14) Que pensez-vous de la déclaration présomptive suivante : « le continent africain bénéfice très peu  de ses propres ressources ; son secteur de production est pratiquement inexistant » ?

Vous avez raison, le secteur de la production dans de nombreux pays africains est faible et nécessite une modernisation. Ce n’est pas normal, par exemple,  que l’Afrique soit le premier producteur mondial de fèves de cacao et ne soit pas le premier fournisseur mondial du chocolat et ses  produits dérivés.

L’Afrique regorge de ressources naturelles. Chaque fois que je parle d’Afrique, je le fais sous l’hypothèse de « l’Afrique » en tant que pays. Je ne peux pas penser au développement de l’Afrique sous sa forme actuelle, composée d’une  cinquantaine de petits pays.

L’Afrique ne transforme pas ses ressources, qui sont exploitées et exportées à l’état brut, pour être transformées dans les pays plus riches. L’Afrique doit reprendre le contrôle de la transformation locale de ses propres ressources en réduisant l’évasion fiscale et la manipulation des prix de transfert par les compagnies pétrolières, gazières et minières, ce qui se fait avec la complicité de fonctionnaires corrompus.

15) Etes-vous chef de  famille ? Si oui, parlez-nous un peu de votre famille.

Les Dackam. La version Kindle du livre du livre de Richardson Dackam est disponible à 2,60 euros ici : https://amzn.to/2t602Lq Richardson Dackam est le plus jeune enfant du couple Dackam. The Bridge MAG. Image

Les Dackam.
Richardson Dackam est le plus jeune enfant du couple Dackam.
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La famille au sens  africain du terme  comporte la famille nucléaire  et la grande famille africaine.

Je suis né et ai grandi dans une famille de  ménage polygame de trente-deux frères et sœurs.  25 enfants sur 32 ont atteint le niveau universitaire, ce qui est exceptionnel pour une famille nombreuse comme la nôtre, vivant dans les zones rurales.

Je suis chef de famille d’une femme et de cinq enfants une fille et quatre garçons qui  parlent au moins trois langues étrangères plus ma langue maternelle (medumba).

Nous sommes des grands-parents encore à l’école de “l’art d’être grand-mère et grand-père”

16) Que  pensez-vous  de la planification familiale (PF) au Royaume-Uni, en Afrique et dans le reste du monde ?

Le Royaume-Uni, comme d’autres pays développés, a des structures d’âge dans lesquelles la proportion de personnes âgées est plus élevée que jamais.

La fécondité au Royaume-Uni est de 1,89 enfant par femme (2015) en âge de procréer. Il ne suffit pas de remplacer la génération précédente. Incapable d’assurer le remplacement de sa population par la naissance, la seule solution qui reste au Royaume-Uni, comme dans les autres pays européens, est d’ouvrir ses frontières à l’immigration. Le programme de planification dans ce contexte vise à augmenter la fertilité.

En Afrique, il y a 4,78 enfants par femme en âge de procréer (2015). Le programme de planification dans la plupart des pays africains vise à réduire la fécondité.

Avec un taux d’accroissement de sa population de 2,4% en 2016, la plupart des pays africains doublera d’effectif en 29 ans. Avec un taux de 0,8% en 2016 la population du Royaume-Uni doublera d’effectif en 88 ans.

Dans les deux cas (UK, pays africains), la planification familiale vise à réduire l’infertilité pour donner à chaque femme qui le désire la possibilité de donner naissance à au moins un enfant.

Pour les pays africains, il est essentiel de « réduire le nombre moyen d’enfants par femme pour arriver aux prévisions moyennes des Nations Unies », et atteindre ses objectifs de développement économique et social.

17) Croyez-vous à la théorie du complot de la  dépopulation? Si oui pourquoi, et si non pourquoi pas ?

Retour sur image en 2009 Congo (RDC) Représentant du (UNFPA). « Grandir dans mon pays natal a façonné ma condition physique, matérielle et spirituelle. Dans un monde de plus en plus matérialiste, avoir peu de besoins est déjà une richesse. Aujourd'hui je me sens riche parce que j'ai peu de besoins. » Dr Dackam. The Bridge MAG. Image

Retour sur image en 2009 Congo (RDC) Représentant du (UNFPA).
« Grandir dans mon pays natal a façonné ma condition physique, matérielle et spirituelle. Dans un monde de plus en plus matérialiste, avoir peu de besoins est déjà une richesse. Aujourd’hui je me sens riche parce que j’ai peu de besoins. »
Dr Dackam.
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La théorie du complot de dépopulation est entretenue par des personnes qui ne comprennent pas les relations entre population et développement. Je n’y crois pas, puisque j’étais le premier secrétaire général de l’association camerounaise de planification familiale (PF), qui a fait la promotion de la PF au Cameroun dans les années 1980.

Dans ces années, dans tous les pays africains, les gouvernements ont pris conscience que la croissance rapide de leur population, était un frein à leur développement socio-économique.

Les programmes de planification ont été adoptés dans la plupart de ces pays africains avec le soutien de la Fédération internationale du planning familial (IPPF).

Ce n’était pas une conspiration des pays développés pour arrêter la croissance des populations africaines. Certes, les pays européens, plus proches de l’Afrique, ont peur des migrations des Africains vers l’Europe. Les pays européens ne sont pas les plus grands donateurs de programmes de PF en Afrique : ce sont les États-Unis, le Japon. Et,  depuis 2010, le Royaume-Uni s’est engagé à soutenir les programmes de PF en Afrique.

18) Vous vous exprimez et rédigez l’anglais et le français avec  un niveau de compétence élevé.  Vous êtes diplômé des universités les plus renommées du monde: une licence  en Mathématiques de l’Université de Yaoundé au Cameroun, un doctorat en démographie de Paris 1 Sorbonne en  France. Vos formations et diplômes professionnels  de Londres au  Royaume-Uni, Montréal au Canada, New-York aux Etats Unis  d’Amérique, pour ne citer que  quelques-uns, viennent parfaire votre CV.

A quoi cela ressemble-t-il  d’avoir  grandi et  étudié au Cameroun ?

Grandir dans mon pays natal a façonné ma condition physique, matérielle et spirituelle. Dans un monde de plus en plus matérialiste, avoir peu de besoins est déjà une richesse. Aujourd’hui je me sens riche parce que j’ai peu de besoins.

Si c’était encore le cas, je voudrais avoir les mêmes possibilités de  voyage pour découvrir le monde en tant qu’adulte. J’ai quitté le Cameroun pour la première fois pour mon premier diplôme d’études supérieures en France / Paris Sorbonne. J’ai visité beaucoup d’autres pays et continents par la suite.

19) En tant que professeur d’université, les bibliothèques et les étagères des librairies regorgent  de vos publications. Qu’est-ce qui  vous inspire? Quelle est la  meilleure de vos publications et pourquoi ?

 Il est difficile de dire qui nous aimons le plus parmi nos enfants. Un livre qui est publié est comme un enfant qui est accouché. Il peut grandir, être populaire, et entrer dans la postérité pour être cité par les générations futures  sur plusieurs siècles.

Ci- dessous,  les titres des   ouvrages de certaines de mes publications, lues et critiquées suffisamment pour faire avancer la science de la démographie. 

  1. Richard Dackam Ngatchou (2004) : Les recensements de la population et du logement en Afrique : les produits pour aborder le programme de développement, FNUAP / CST-Dakar, Dakar, 2004, 190 pages.
  2. Richard Dackam Ngatchou (1990) : L’éducation de la mère et la mortalité des enfants en Afrique. Travaux et Documents de l’IFORD, Cahier No. 2, Yaoundé 1990, 160 pages.

Au-delà de votre agenda démentiel, toute l’équipe de The Bridge Magazine vous remercie  une fois de plus de lui avoir accordé  du temps pour cette interview.

 

 

L’éditrice,

Rachel Tcheungna

2 Comments »

  • Mikhail said:

    Great

    • Rachel Tcheungna said:

      Dear Mikhail,

      Thank you once more for sharing your thoughts on our piece.
      Your continuous support is much appreciated.

      Kind Regards,

      The editor,

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