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La pilule meurtrière. En dépit de la saga de la coupe du monde de football au Brésil, des thèmes fondamentaux tels que la contrefaçon pharmaceutique, la santé universelle du patient et sa sécurité, défraient toujours la chronique de l’actualité mondiale.

28 June 2014 2,942 views No Comment
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PHARMACIE The Bridge MAG. Image

PHARMACIE The Bridge MAG. Image

Neuf pharmaciens ont été récemment  écroués  en Grande Bretagne après avoir vendu illégalement du valium, de l’opium et  de la morphine à des journalistes d’investigation de la BBC qui se passaient  pour des  clients ordinaires.

Pour une somme  faramineuse de 200 livres sterling sans ordonnance médicale,  ces journalistes ont pu rentrer en possession  des  drogues   à des fins non thérapeutiques. Ces mêmes médicaments auraient coûté  sous prescription médicale la somme de 7 livres 50 pence.

Dans le même  repère temporel, le 22 Mai 2014,  INTERPOL à Lyon – France réalisait  sa  plus importante opération jamais organisée au niveau mondial de lutte contre les faux médicaments.  Selon les récentes statistiques d’Interpol :

‘‘Cette opération a entraîné   237 arrestations dans le monde avec la saisie   de médicaments potentiellement dangereux d’une valeur totale de plus de 36 millions de Dollars, au retrait de  plus de  19 000 publicités concernant des médicaments illégaux diffusées dans les médias sociaux, suivi de la fermeture de plus de 10 600 pharmacies illégales en ligne.’’

Paradoxalement, l’Organisation Mondiale de la  Santé (OMS)  dans son récent  rapport relatif  au programme de  La couverture sanitaire universelle énonce :

‘‘Le but de la couverture universelle en matière de santé est de faire en sorte que tous les individus aient accès

TLe bloc opératoire. Les équipements médicaux  qui ne répondent pas aux  normes de qualité minimales et  de sécurité ne doivent pas être disponibles sur le marché. The Bridge MAG. Image.

Le bloc opératoire. Les équipements médicaux qui ne répondent pas aux normes de qualité minimales et de sécurité ne doivent pas être disponibles sur le marché. The Bridge MAG. Image.

aux services de santé sans encourir de difficultés financières.’’ 

Soit ! Mais  ces grandes ambitions  humanitaires  vont à contre-courant du discours politique.

En Grande Bretagne par exemple, lorsque le chef du  parti travailliste  britannique Clement Richard Attle  créait le (NHS), en 1948  le Système Public de santé  avait des buts clairement définis. Son principe de base était fondé sur  la gratuité des  soins santé pour tous. Principe qui s’est effrité  au fil du temps.

La  réforme  du Système Public de santé  qui existait depuis 1948 a été  austère à plus d’un titre. Elle  a entraîné une rupture du lien hiérarchique entre  Le National Health Service (NHS) et le Ministère de la santé, pour éviter un conflit d’intérêt paraît-il.

Aujourd’hui, tous les acteurs de la réforme anticipent une montée fulgurante  des prestataires privés sur les services. Le mouvement de ‘privatisation’ est  lancé. Le groupe Virgin Care  du richissime Richard Branson  par exemple prend  la gérance de sept  hôpitaux  à Surrey. Le groupe allemand Helios prospecte les hôpitaux londoniens.

 « C’est la fin d’un âge d’or », pour reprendre  David Lloyd, greffier de commission parlementaire de la santé. L’accès au médecin spécialiste par le patient  se raréfie.

Le gouvernement de coalition (conservateurs et libéraux-démocrates) et les  deux chambres (communes et lords) définissent  un nouveau cadre législatif qui n’avantage guère le patient.

Le NHS sera désormais géré par un  nouveau système  qui existe légalement depuis le 2 avril  2013. Deux dispositions sont immuables : le système reste entièrement financé par l’impôt, toutes les consultations sont gratuites sauf pour les soins dentaires et d’ophtalmologie.

Si l’on se repositionne  dans  un contexte plus global, le défi pour la plupart des pays du monde est d’améliorer les résultats sanitaires des populations et augmenter leur espérance de vie.

Selon l’OMS, l’équité en santé publique dépend aussi de l’accès aux technologies médicales essentielles, qui doivent être de grande qualité et financièrement abordables.

Malheureusement  devant le scandale de cascade des  crimes  pharmaceutiques par devers le monde l’espoir d’atteindre ces objectifs s’amenuise. Surtout qu’en Afrique et dans les pays en voie de développement, la situation est des plus alarmantes : les statistiques sont déconcertantes, la plaie est réelle.

Médicaments contrefaits : la plus virulente plaie de notre ère. The Bridge MAG. Image

Médicaments contrefaits : la plus virulente plaie de notre ère. The Bridge MAG. Image

En Afrique, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), près de 100 000 décès par an sont liés au commerce de médicaments contrefaits. Le groupe de réflexion britannique International Policy Network estime que les faux antituberculeux et antipaludiques sont à l’origine de 700 000 décès par an dans le monde, l’équivalent de « quatre avions gros-porteurs remplis de passagers s’écrasant chaque jour ».

La journaliste d’Afrique Renouveau, Joselyne Sambira, dans son article intitulé  ‘‘Médicaments contrefaits : un problème de santé en Afrique’’  publié  en Mai 2013, déplorait la situation en ces termes :

« Certains individus mal intentionnés n’ont aucun mal à transformer un morceau de craie, un peu de farine ou d’amidon en un comprimé ou une pilule. Difficile de dire à l’œil nu s’il s’agit d’un « faux ». L’étiquetage et l’emballage sont souvent imités à la perfection. Le commerce mondial de médicaments de contrefaçon, qui pèse un milliard de dollars, se porte bien en Afrique. Les médicaments contrefaits et de mauvaise qualité inondent les marchés. Se rendre à la pharmacie, c’est un peu jouer à la roulette russe. Choisir la mauvaise boîte peut vous coûter la vie. »

Selon  l’OMS, un médicament est dit  contrefait lorsque  son identité et/ou  son origine a été délibérément et frauduleusement falsifiée.  Qu’il  s’agisse de produits de marque déposée ou de génériques. Dans certaines régions d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, plus de 30 % des médicaments vendus sont des contrefaçons, indique l’OMS.

Matériel médical. The Bridge MAG. Image


Matériel médical. The Bridge MAG. Image

L’épineux souci c’est que les  contrefacteurs  ont de plus en plus de tact. Ils reproduisent des hologrammes et autres procédés d’impression sophistiqués, y ajoutent  des ingrédients actifs qui satisfont au contrôle de qualité sans améliorer la condition du patient.

Tel un venin insidieux, ce  crime invisible et sordide des  médicaments de qualité insuffisante résultant d’une mauvaise fabrication ou d’une négligence   délibérée, constituent un problème de santé gravissime.

L’économiste spécialisé en politiques sanitaires internationales, Roger Bate, pense que ces médicaments de qualité insuffisante constituent un problème de santé bien plus grave que celui des  faux médicaments. Il déclare que « Les médicaments en vente libre fabriqués par des sociétés chinoises et, dans une moindre mesure, indiennes, s’avèrent de qualité inégale lors des contrôles de qualité »

Pour Bate, ces ‘mauvais’ médicaments sont à l’origine de l’augmentation de souches pharmacorésistantes des  maladies telle que la tuberculose. Dans sa plus récente étude en date, publiée dans l’International Journal of Tuberculosis and Lung Disease, plus de 700 échantillons des deux principaux antituberculeux prélevés fortuitement  ont été analysés par des laboratoires privés. Globalement, 9,1 % des échantillons testés dans le monde étaient de qualité insuffisante lors de tests de base. Ce taux était de 16,6 % en Afrique, soit environ une pilule sur six.

La criminalité pharmaceutique  est la plus grosse des ignominies monstrueuses. Le journaliste d’investigation australien Kerry O’Brien la définit comme le meurtre presque parfait. La victime d’un faux médicament absorbe la preuve du crime, et l’emporte avec elle dans sa tombe tandis le criminel  erre et continue à faire de nouvelles victimes.

En fait, si l’imputabilité constitue la principale difficulté à laquelle se heurte-les victimes de faux médicaments,  c’est parce qu’il faut d’abord matériellement s’appuyer sur un dossier médical. Ensuite, rare sont les maladies exclusivement provoquées par un médicament ou une substance.

La commercialisation des seringues et aiguilles non stériles est un crime. The Bridge MAG. Image.


La commercialisation des seringues et aiguilles non stériles est un crime. The Bridge MAG. Image.

La liste des crimes pharmaceutiques ne saurait être exhaustive. Il devient donc urgent pour le législateur, les associations  et   groupes de syndicats de pharmaciens,

d’intervenir promptement pour  empêcher  que cette plaie de l’ère moderne se putréfie davantage et s’infecte jusqu’à la gangrène.

 Ethique, régulations  et sanctions dans l’industrie pharmaceutique.

Le déséquilibre financier, la faiblesse des coûts et des contrôles font souvent de l’Afrique un continent cobaye. Telle l’épée de Damoclès,  le poids des pays en  voie de développement  face aux géants du Nord demande  une stratégie draconienne pour s’en sortir.

C’est  d’ailleurs dans le cadre  de  nouveaux enjeux éthiques du médicament en Afrique et dans le monde que se tenait à  Yaoundé au Cameroun, du 04 au 06 Juin 2014, le  15ème Forum Pharmaceutique International, en présence  du Ministre de la santé et de l’ensemble des professionnels de l’Ordre des Pharmaciens du Cameroun.

Le Forum  comprenait  quatre instances statutaires : l’Inter Ordre des Pharmaciens, l’Inter Syndical, l’Association des Centrales d’Achats, et l’Association des Fabricants du Médicament.

Sous le thème « 15 ans de Forum Pharmaceutique International : Bilan et perspectives », le Forum avait pour objectif  de faire non seulement  le bilan des acquis des 14 forum précédents, mais aussi de trouver des  solutions utiles et efficaces aux  problèmes de qualité, de disponibilité et de contrefaçon du médicament.

C’est dans la même vision  qu’a été créée l’Association africaine des Centrales d’Achats de Médicaments Essentiels (ACAME). Son objectif  général est de contribuer à l’amélioration du  fonctionnement des centrales d’achats par le biais de  développement et la mise en œuvre de leurs systèmes d’assurance qualité.

Il existe au total onze centrales d’achats bénéficiaires de l’ACAME et vingt et un pays sont membres : Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Centrafrique, Tchad, Congo-Brazzaville, Comores, Djibouti, République démocratique du Congo (RDC), Côte-d’Ivoire, Gabon, Guinée-Bissau, Guinée-Conakry, Madagascar, Mali, Maroc, Mauritanie, Niger, Sénégal, Togo et Tunisie.

Le Ministre de la Santé, Léné SEBGO  procédait  au lancement officiel du projet de renforcement des systèmes d’assurance qualité des onze centrales d’achats le  14 avril 2014, au siège de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) à Ouagadougou.

Selon le Ministre SEBGO, ce projet permettra, non seulement aux 11 centrales d’achats d’actualiser les manuels d’assurance qualité existants, surtout de les normaliser  en fonction des méthodes de l’OMS, mais aussi, il contribuera à « former les gestionnaires de ces équipes d’assurance qualité pour qu’au bout, toutes nos centrales soient sûres de la qualité de nos médicaments»

 Améliorer la réglementation pharmaceutique dans le monde

 

  • Le droit pénal et son application

La production, la distribution, la possession et l’utilisation de drogues à des fins non thérapeutiques, sont traitées comme des actes criminels dans la plupart des ressorts, à l’échelle planétaire. Comme l’ont signalé

La pilule meurtrière. Non à la criminalité pharmaceutique internationale. The Bridge MAG. Image.


La pilule meurtrière. Non à la criminalité pharmaceutique internationale. The Bridge MAG. Image.

Burris et coll., « l’empreinte du système de justice pénale se trouve partout, dans le comportement des [personnes qui font usage de drogues illégales], qui vivent de manière furtive dans des « micro-contextes »

Les problèmes liés au caractère toxique  et à la qualité des médicaments sont universels aussi bien pour les pays en développement que  développés. Le rôle des laboratoires de contrôle de la qualité des médicaments reste à cet effet primordial.

Selon l’OMS, les autorités de réglementation pharmaceutique émanent des  gouvernements. Ce sont des organismes spécialisés; leur autorité s’exerce à l’échelon central et ils font appel à des experts-conseils et/ ou à des comités consultatifs pour fournir un appui technique.

La nouvelle donne est  de  préserver les acquis obtenus au service des Objectifs du Millénaire pour le développement à l’horizon 2015 et favoriser une répartition plus équitable des avancées. Mais on a bien peur que ces objectifs ne soient jamais atteints dans un monde réel.

C’est le cœur plein d’amertume qu’on  constate  que  la pilule la plus difficile à   avaler n’est pas celle du  trafic des faux médicaments.

C’est que l’immoral financement d’Interpol  reste  une menace réelle  pour les pays du Sud.

Depuis quelques années,  Interpol laisse éclater au grand jour des conflits d’intérêts majeurs dans sa lutte contre le crime international. Lorsque l’organisation mondiale de police basée à Lyon ouvre son financement au secteur privé  en concluant des partenariats avec l’industrie de  la pharmacie, on se demande jusqu’à quel seuil la super police mondiale  restera, crédible, impartiale dans sa lutte  contre le trafic de faux médicaments.

Le plus difficile c’est de savoir qu’en Mars 2013, INTERPOL (la super police mondiale sur qui le monde entier compte) a annoncé un don de 4,5 millions d’euros des 29 plus grandes compagnies pharmaceutiques. Un partenariat sur trois ans, avec un enjeu grave : la lutte contre le trafic de faux médicaments, qui provoque plusieurs centaines de milliers de morts chaque année.

. (…) Aucun consensus mondial n’a encore été trouvé sur une définition du “faux médicament” et les lois diffèrent d’un pays à l’autre. Le danger : une définition trop axée sur les brevets, et ce sont des millions d’enfants de pays pauvres qui n’ont plus les moyens de se soigner, rapportent Mathieu Martinière et Robert Schmidt dans  Lyon Capitale, le 27  Septembre 2013.

 L’éditrice

Rachel Tcheungna

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